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Anaïs
avait mal un peu partout dans le corps. Elle ne se rappelait plus
pourquoi. Sa joue était posée contre une surface dure et
granuleuse. Apparemment, d’après ce qu’elle ressentait, elles
était par terre.
Et
il faisait froid.
Quelqu’un
d’autre était présent et ce quelqu’un gémissait doucement.
Anaïs
ouvrit les yeux. Et ne vit rien.
Et
cligna encore des yeux et sa vue s’habitua à la pénombre. Elle
bougea une main. Ses bras étaient le long de son corps comme si on
l’avait jeté là.
Ce
qui est probablement le cas. Et qu’est ce que je fais ici ?
Le
gémissement se refit entendre. Une voix de femme. Une autre femme
était donc avec elle.
Anaïs
fit un effort de volonté et se redressa. Elle vit qu’elle était
tout près d’un mur. Elle vit aussi que la lumière, plutôt
chiche, venait d’un soupirail. Une lumière orangée. Une lumière
d’un lampadaire de rue.
Elle
se traîna vers le mur et s’adossa à celui-ci. Elle avait dû se
battre : ses muscles étaient tétanisés. Et vu la douleur sur
ses bras et ses jambes, elle avait reçu des coups. Je ne vais pas
pouvoir me remettre en jupe avant quelques semaines…
Elle
se passa la main, un peu gonflée, dans les cheveux et regarda autour
d’elle. Elle repéra la forme de l’autre femme dans la pénombre,
à l’autre bout de la pièce, à côté de la porte. Une porte de
bois brut, bien épaisse, bien lourde, indestructible. Qui était
comme de bien entendu, fermée.
Elle
soupira. Pour l’instant, elle était encore secouée et ne se
rappelait toujours pas où elle était et comment elle avait atterri
ici.
Elle
respira doucement essayant de calmer sa légère tachycardie. Elle
avait toujours été stressée. Alors dans ce genre de situation, en
plein inconnu, elle avait une excuse pour ne pas se contrôler
totalement, non ?
Bon,
il va falloir aller voir comment l’autre personne s’en sort.
Service public comme on dit.
Elle
n’avait pas la force de se lever alors elle se traîna doucement
vers la forme qui commençait elle aussi à remuer.
Elle
murmura :
-
Salut ! Pas trop de casse ?
Un
autre gémissement lui répondit. A priori, ça veut dire non, il
y en a. Ou alors, elle se réveille à peine et elle va bientôt
sauter partout dans la pièce. Mais bon, vu mon état, vu la cave, ça
m'étonnerait que ce soit la Belle au bois dormant...
Une
fois à quelques dizaines de centimètres de la femme, Anaïs
s’abstint de la toucher pour ne pas l’effrayer.
Anaïs
continua à murmurer :
-
Moi c’est Anaïs. Et, je ne sais pas si cela
peut vous rassurer vu notre situation, mais je suis commandant dans
de la police nationale…
Elle
attendit quelques secondes une réponse mais rien ne venait. Elle
allait redire une phrase rassurante quand la femme décida de faire
l’effort de se redresser à son tour.
Anaïs
la laissa faire. C’était une jeune femme. Une jeune femme amochée.
Apparemment, elle n’avait pas paré les coups : son visage
était bien tuméfié. Mais elle semblait respirer sans trop de
difficultés. Son nez n’était donc pas cassé. Elle devait être
plutôt joli avant ses aventures. La jeune femme respirait assez fort
mais fit un effort pour s’adresser à Anaïs :
-
Bon..soir… Moi, c’est Adelaïde… Merci
d’avoir tenté de venir à mon aide.
Elle
sourit montrant ses dents tâchées de sang :
-
Bien, que votre aide n’ai pas eu un effet très
positif.
Anaïs
lui sourit aussi :
-
J’en ai bien peur en effet…
Son
histoire proche lui revenait en mémoire. Cette jeune fille était
aux prises avec un mac du boulevard des Belges, un gars du gang des
albanais du coin. Et elle était intervenue. Avec relativement de
succès au départ, après tout elle pratiquait la boxe française.
Mais lorsqu’un second adversaire avait surgi dans son dos, ça
s’était plus mal passé. Elle avait réussit à contrer les coups
mais avait tout de même était très vite débordée. Jusqu’à un
crochet à la mâchoire qui l’avait envoyé faire un petit dodo.
Elle
se passa la langue sur ses dents. D’ailleurs, j’ai une dent
qui a sautée… super… Enfin, encore heureux qu’elle ai
entièrement sautée, sinon la douleur aurait été insupportable.
Mais je risque d’être un peu moins draguée temps que je n’aurais
pas fait réparer tout ça… Ou alors en attendant, je mettrais des
chemisiers transparents... ah ah ah...Bon, je ne suis pas très
concentrée sur notre situation.
Anaïs
regarda sa montre pour estimer le temps passer dans les vapeurs. Mais
celle-ci ne se trouvait plus à son poignet. Il y avait une belle
marque rouge à la place, laissée par le bracelet qui avait été
arraché.
Elle
soupira et regarda le bras de sa comparse : pas de montre non
plus. Et pas de trace de montre d'ailleurs.
- Vous
n'aimez pas avoir l'heure ? Lui demanda t'elle.
Celle-ci
la regarda un peu interloquée.
- Vous...
tentez de me changer les idées ? Réussit elle à articuler.
Anaïs lui fit un pauvre
sourire et lui expliqua la raison de son intérêt. Adelaïde hocha
la tête en lui faisant signe qu'elle était désolée. Elles
s'appuyèrent sur le mur pour récupérer quelques forces. En
silence.